La mégère

S’insinuant vicieuse dans le creux de mes limbes

Elle resta silencieuse, ne fit naître aucune crainte.

Avide de grandeur elle tendit ses bras souples

Se nourrissant de moi sans souci de mes doutes.

Adulte devenue elle me fit prendre conscience

De la réalité de sa lourde existence.

Mais il était trop tard déjà sous son emprise

A sa volonté âpre ma vie était soumise.

Moqueuse, narquoise et fière sans peine elle rejeta

De vaines tentatives pour la chasser de là,

Aucune offre alléchante ni pieux marchandages

Ne purent la forcer à faire son bagage.

Tout juste quelques heures de rémission sereine

Lorsqu’enfin elle prenait une pause elle-même,

Sommeillant à moitié pour reprendre des forces

S’épanouissant encore quand je la croyais morte.

Que n’ai-je écouté les signaux, les alarmes

Que me lançaient tremblants mes viscères, mes organes?

Car lorsqu’ils se sont tus étouffés par sa hargne,

C’était bien d’épouvante et non de la joie d’être

Soudainement revenus à leur forme première,

Mais d’être absorbés par l’horrible mégère.

Ne les entendant plus je les ai crus guéris

Et en soupirant d’aise de mes peurs j’ai bien ri.

J’ai ri de mes pensées succombant sous son charme

Ne voyant d’autre issue à ma vie que le drame,

J’ai ri de mes douleurs reniant les symptômes

Et je ne priais plus pour ma vie en aumône.

J’ai ri de mes amis, de leurs peurs, de leurs larmes,

D’un rire me laissant sans recours et sans armes.

Tapie dans mon ombre, régnant en souveraine,

La mégère savoure son triomphe odieux,

Prête à prendre en ses crocs mon enveloppe humaine,

A fermer mes paupières sans condescendance,

A son moment choisi en dépit de la science

De tous ces grands médecins qui se prennent pour dieu

Mais qui n’y pourront rien !

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