Chapitre 6

Le bonheur des uns …

 

Erwin et Thibault avaient porté leur beau-père sur le divan.  Odette lui épongeait le front et la joue au moyen d'une serviette trempée dans l'eau tiède.  Elle était vaguement inquiète de ne pas le voir revenir à lui.  Elle n'osait pas décider de téléphoner à Marielle pour lui dire que ses enfants n'étaient pas rentrés.

Erwin avait frappé très fort mais Yvan était costaud.  Il recouvra ses esprits au bout d'une dizaine de minutes.  Il ne se souvenait que confusément de ce qui venait de se passer.  Une douleur lancinante dans la mâchoire l'empêchait de se concentrer.  La dernière image qu'il avait gardée en mémoire était celle d'un poing énorme qui se propulsait vers lui.  Odette lui apporta une tisane chaude qu'il refusa, il réclama un verre de whisky.  Il fut servi sur-le-champ.  L'alcool le réchauffa et le ramena plus sûrement à la réalité que ne l'aurait fait aucun médicament.  Furieux, il bondit du canapé et voulut se précipiter sur le jeune Erwin.  Odette, étonnée elle-même de son audace, s'interposa, ce qui stoppa Yvan net dans son élan.  Tout à coup, il pensa à ses enfants.  "Où sont-ils?", cria-t-il.  "Je ne sais pas", répondit fermement Odette en détachant les syllabes.  Yvan sentit sa fureur le quitter d'un seul coup.  Il était gagné par une inquiétude vraie, taraudante, un sentiment de panique.  Une peur qui lui venait des tripes.  Depuis longtemps, il n'avait plus pensé aux enfants comme à "ses" enfants.  "Que leur est-il arrivé?", dit-il faiblement, il se rassit sur le divan et se prenant la tête dans les mains, il se mit à pleurer.  Gênés, Erwin et Thibault interrogèrent leur maman du regard.  "Prenez la voiture et faites le tour du village, on ne sait jamais.  N'oubliez pas d'aller jeter un coup d'œil à la gare!  Moi, je vais téléphoner à la police".

Odette prenait la direction des opérations, elle se retrouvait.  Elle se dit à elle-même "je vais toujours essayer chez leur maman, de toute façon, il faudra bien qu'elle soit mise au courant".  Odette savait par expérience qu'il était inutile de prévenir la police.  On lui répondrait qu'il fallait 48 heures avant de pouvoir entamer des recherches.  Il y avait bien le centre "Child" quelque chose, mais elle n'avait pas noté le numéro.  De pus, en son for intérieur, elle sentait bien qu'Anne et Antoine avaient du décider de partir.

Elle les aimait bien dans le fond et regrettait d'avoir été trop faible, trop soumise jusque là.  En fait, elle n'avait pas osé, ayant peur d'avoir l'air de vouloir prendre la place de leur maman.  Déjà, elle avait raté l'éducation de ses propres fils, elle avait déserté quand leur père, professeur dans une école secondaire s'était envolé vers la Guadeloupe avec la maman d'une de ses jeunes élèves, originaire de là-bas.

  Erwin et Thibault rentrèrent bredouilles.  "On n'y voit rien!  Il n'y a plus personne en rue.  Avec cette neige, ils ne pourront pas aller loin!"  Odette comprit que Thibault pensait comme elle.  Yvan s'était endormi d'un sommeil agité, recroquevillé en position mi-couchée, mi-assise.  Ses doigts avaient lâché le verre qui avait glissé sans bruit sur le tapis en aspergeant celui-ci de petites taches brunâtres.  Les deux fils et la mère se tenaient debout, côte à côte, en le regardant.  Thibault prit la main de sa maman dans la sienne et Erwin colla son visage contre le sien.  "Pourquoi", murmura Odette, "pourquoi a-t-il fallu que je le choisisse lui plutôt qu'un autre?"  En réalité, Odette, désespérée, avait, dix mois plus tôt, répondu à plusieurs petites annonces.  Elle n'était pas plus vilaine qu'une autre, même assez jolie et surtout svelte et élancée pour ses 42 ans, mais elle n'avait pas eu le courage de "sortir" à la recherche de l'âme sœur.  Son mari, qu'elle avait connu à 16 ans, avait été pour elle son premier et unique amour.  Elle n'imaginait pas pouvoir aimer une seconde fois.  Sa recherche, même si elle s'en était cachée, avait plutôt été basée sur la nécessité d'une autorité paternelle pour ses fils, et le côté financier avait aussi joué un rôle.

Des rendez-vous, elle en avait eu des dizaines et elle avait découvert un échantillonnage varié et stupéfiant de personnalités.  Du grossier et vulgaire au plus raffiné, de l'homme prude à l'obsédé, chez certains, elle avait senti une douceur exagérée due à un caractère faible, chez d'autres, un amour de l'argent qui l'avait glacée.  Elle avait fait son choix une première fois, tout au début, son troisième rendez-vous, un homme plutôt beau, un peu trop costaud mais très gentil.  Dès le premier souper en tête-à-tête, il lui avait proposé de sortir en boîte.  Odette n'était jamais de sa vie allée ni au dancing, ni dans les bars ou autre lieu où on s'amuse la nuit.  Son univers s'était limité jusqu'à son mariage au petit café du village où tournaient inlassablement les 45 tours d'Adamo, de Petula Clark et de Sheila.  Elle passait ses soirées au flipper et parfois, un ami de ses parents l'invitait à danser le tango en louvoyant entre les chaises et les tables en bois, entendant à peine la musique noyée sous les cris des soûlards, suffoquant dans l'ambiance enfumée de la salle sans aération.  Toujours des hommes sans âge, le mégot au coin des lèvres et puant la bière.  L'endroit, où ce charmant monsieur avait conduit Odette, se trouvait dans une rue étroite près du centre de la ville de Liège.  Pour y entrer, il avait fallu qu'il se montre en pleine lumière tandis que deux yeux inquisiteurs le dévisageaient à travers une lucarne grillagée, qui s'était ouverte suite à son coup de sonnette.  "Madame est avec moi", avait-il dit.  "Oké, c'est bon, entrez!".  A l'intérieur, il faisait très sombre.  La première pièce ressemblait à n'importe quel bar un peu chic avec des banquettes et des chaises de velours bordeaux, des lampes discrètes et un bar rutilant de chromes et d'or, comme Odette en avait vu plusieurs fois dans des séries policières à la télévision.  Il l'avait invitée à la suivre dans la deuxième salle où, disait-il, il avait ses habitudes.  Les yeux d’Odette ne s'étaient pas encore adaptés à la pénombre qui y régnait lorsqu'elle s'était assise à côté de lui sur une banquette moelleuse.  Un garçon en habit était déjà devant eux pour prendre leur commande.  Pendant que son compagnon commandait, Odette s'était débarrassée de sa veste trop chaude et avait déposé son petit sac noir à côté d'elle.  L'instant d'après, son regard avait fait le tour de la pièce.  Des banquettes semblables étaient disposées le long de tous les murs.  Des couples s'y enlaçaient, buvaient, riaient.  Au centre, elle avait découvert un immense matelas blanc posé sur une sorte de piédestal de 50cm de haut, éclairé par des spots alternativement rouges, blancs, verts et bleus.  Un couple s'y était installé justement et l'homme et la femme, après s'être goulûment embrassés, avaient commencé à se déshabiller, puis à se caresser de plus en plus intimement.  Odette était restée pétrifiée.  "Si la lumière te dérange", lui avait-il glissé à l'oreille, "on peut aller là-bas".  Ce disant, il avait pointé le doigt vers un angle encore plus sombre de la pièce.  En faisant un effort de concentration, Odette avait distingué deux étages de matelas rouges où des formes s'agitaient fébrilement et d'où s'échappaient des soupirs et des gémissements.  En regardant à nouveau vers le matelas éclairé, Odette, l'esprit dans un état de confusion totale avait vu que le couple, devant un public attentif dont certains membres prenaient même la peine d'applaudir doucement, s'appliquait à prendre les positions les plus extravagantes pour exécuter l'acte d'amour qui pour elle avait toujours été sacré et terriblement secret.  Elle n'avait pu en supporter davantage, d'autant plus que son compagnon d'un soir avait entrepris l'exploration de son propre corps sans qu'elle ne s'en rende compte immédiatement, tout absorbée qu'elle avait été par le spectacle incroyable qui se déroulait devant elle.  Elle s'était levée d'un bond et avait ramassé son sac et sa veste.  Elle avait heurté la table qui s'était renversée dans un fracas de verre brisé et tous les yeux s'étaient tournés vers eux.  Honteuse, le chemisier à moitié déboutonné, elle s'était enfuie vers la sortie.  Arrivée devant la porte, elle avait eu la présence d'esprit d'enfiler sa veste noire et d'en tirer la tirette jusqu'au cou.  Le portier ne fit pas de difficultés pour la laisser partir.  Le lendemain matin en se réveillant, elle n'était pas parvenue à souvenir de la façon dont elle était rentrée chez elle.

Son rendez-vous suivant avait été Yvan.  Il était venu avec ses enfants.  C'est cela qui l'avait décidée à tenter sa chance avec lui.

Soudain, elle réalisa qu'elle avait perdu des minutes précieuses en se laissant submerger par ses souvenirs.    Elle s'assura qu'Yvan était toujours dans le salon et vit qu'il s'était assoupi.  Très doucement, elle ferma la porte donnant sur le corridor et elle composa le numéro de Marielle qu'elle connaissait par cœur, puis se ravisa.  Elle attendrait d'avoir plus de nouvelles.  Elle appela le commissariat, faute de pouvoir faire mieux.  La plainte fut enregistrée immédiatement, ce qui l'étonna quelque peu.  Quand Thibault avait neuf ans, un mercredi midi, il n'était pas rentré avec son frère qui lui, avait bien pris le bus à l'heure normale.  La gendarmerie avait refusé de se mettre à la recherche du petit garçon "qui avait sans doute fait une fugue".  En fait, Thibault avait oublié son abonnement et le charmant conducteur avait dès lors refusé de le laisser monter.  Erwin, en grande discussion avec ses copains, ne s'était rendu compte de rien.  Le petit était rentré à pieds, sous le soleil brûlant de juin.  Une heure et demie de route, entrecoupée de deux haltes chez des personnes au grand cœur, qui l'avaient fait entrer chez elles et offert un verre d'eau.  Thibault avait eu la chance de tomber sur des gens bien.  Il était arrivé chez lui épuisé, souffrant d'une insolation qui l'avait cloué au lit une semaine.  Dès le lendemain de l'aventure, elle avait conduit elle-même Erwin à l'école et s'était arrangée avec son chef direct pour être libre de façon à pouvoir le ramener.  Plus jamais, elle n'avait confié ses fils aux transports en commun.

Le policier à l'autre bout du fil lui conseilla de ne pas bouger de chez elle.  Ce qu'elle fit.  Yvan émergeait de temps en temps pour grogner et réclamer à boire.  Il ne savait même plus pourquoi il buvait.

La journée du lendemain se déroula sur le même rythme que la nuit.  Ponctuellement, elle entendait Erwin ou Thibault descendre se servir à boire ou prendre à manger.  Elle-même se contenta de grignoter un paquet de biscottes.  La police n'avait pas rappelé, personne ne s'était déplacé pour avoir plus d'informations.

Vers 17 heures, n'y tenant plus, elle décida de mettre Marielle au courant.

 

Simon et Marielle s'étaient endormis dans les bras l'un de l'autre.  Marielle rêvait qu'elle flottait sur une légère embarcation au milieu d'un lac immense.  Devant elle, Simon ramait silencieusement en lui souriant.  Tout était calme.  Même le battement des ailes des oiseaux volant autour d'eux était silencieux.  Elle eut envie de regarder derrière elle et en même temps qu'une sonnerie assourdissante retentissait, un immense cargo noir se dirigeait sur eux.  Son subconscient la força à sortir de ce rêve, et elle ouvrit les yeux.  Elle avait tourné la tête vers Simon et voyait son visage souriant se découper, entouré d'un halo lumineux, sur le bleu des eaux du lac.  La sonnerie revint lui vriller les tympans et son bras se tendit machinalement vers le téléphone posé sur une petite table à droite du divan.  Au moment où elle décrocha, elle ouvrit les yeux pour la deuxième fois.  La lueur de l'éclairage extérieur lui permit de reprendre pied dans la réalité, tant étaient rassurants tous les contours familiers des meubles et des objets qui l'entouraient.

La voix anxieuse qui lui demanda "Marielle?" la réveilla complètement, d'autant qu'instantanément, elle se dit qu'il n'était pas normal que Odette lui téléphone à pareille heure.

Son cri de douleur réveilla brutalement Simon, tiré de son sommeil réparateur, il se frotta vigoureusement les yeux et fixa sa compagne.  Celle-ci buvait avidement les paroles que lui déversait le téléphone, son visage s'altéra, elle fut prise de tremblements.  Ce ne fut que quand elle raccrocha que Simon osa attirer son attention.  "Que se passe-t-il, ma chérie?"  Le regard vide, elle parvint à articuler: "mes enfants, mes petits, ils ont disparu!"  Simon tenta d'obtenir des explications.  Marielle était anéantie, sans réactions.  Elle se laissa glisser dans une sorte de folie douce.  Elle replia les jambes qu'elle entoura de ses bras, commença à se balancer d'avant en arrière et elle entonna une chanson inaudible dans laquelle Simon crut reconnaître une berceuse.

Marielle avait raccroché au beau milieu d'une phrase et Odette en était restée stupéfaite.  Elle décida que c'était sans doute un problème sur la ligne, que cela n'avait pas été voulu.  Elle composa une nouvelle fois le numéro.  Une voix d'homme se fit entendre: "Je suis bien chez Marielle?", demanda-t-elle.  Simon se présenta et lui expliqua l'état de prostration de Marielle.  "Restez chez elle", dit Odette, comme s'il avait eu l'intention de partir juste dans ces moments-là.  Puis elle lui raconta la disparition d'Anne et Antoine.  "Ne la quittez pas! Je rappelle dès que j'ai du nouveau!".  Elle donna son numéro et promit une deuxième fois, à la demande insistante de Simon de communiquer toutes les informations dont elle disposerait.  Lorsqu'elle eut reposé le téléphone sur son socle, elle pensa: "Où ai-je donc déjà entendu cette voix …?"

Simon avait senti un long frisson glacé lui remonter le long de l'échine.  Son oreille exercée avait à coup sûr reconnu la voix à l'autre bout du fil.  Une période sombre de sa vie qu'il avait voulu oublier.  "Le passé nous rattrape toujours", pensa-t-il, "et il s'acharne à pourrir le présent".

 

Après avoir marché jusqu'à l'épuisement, Antoine et Anne avaient trouvé un abri sous d'épais conifères nains.  Ils dévorèrent les provisions qui restaient et vidèrent le thermos.  Ils s'enveloppèrent des petits plaids par-dessus lesquels ils enfilèrent leur veste anorak.  Ils passèrent leur première nuit à la belle étoile, serrés l'un contre l'autre.  La neige continuait de tomber et formait une sorte d'igloo soutenu par les branches basses des arbustes.  Quand ils se réveillèrent, la neige était devenue plus froide, le soleil se cachait toujours derrière un épais nuage gris foncé.  Courageusement, ils reprirent leur marche.  Combien de temps?  Combien de mètres parcourus?  Ils préféraient ne pas y penser.  Lorsque la neige se remit à tomber à gros flocons, le vent se mit de la partie contre eux.  Antoine marchait devant, de temps en temps, il encourageait sa sœur de quelques mots.  Il refermait vite les lèvres pour avaler le moins possible de neige glacée.  Anne se fatiguait plus vite.  Elle essayait d'appeler son frère, qu'il s'arrête!  Aucun son ne sortait de sa pauvre petite gorge endolorie, figée par le froid.  Enfin, la petite fille, résolue, s'était assise sur une souche d'arbre.  Elle ne voulait plus marcher, elle avait trop froid, elle était fatiguée, elle avait pleuré et ses larmes s'étaient immédiatement collées au bord de ses paupières.  Ses mains bleuies avaient lâché sa poupée adorée qui disparaissait sous la neige.  Antoine avait trébuché.  Il était couché à quelques mètres d'elle sur son côté droit, son arcade sourcilière ouverte saignait abondamment et des petites fleurs rouges commençaient à se dessiner sur le tapis blanc.

Anne ne voyait plus Antoine, elle ne voyait plus rien.  Elle avait envie de dormir.  De son cartable, elle sortit la petite couverture dont elle s'enveloppa maladroitement.  Ses yeux se fermèrent doucement.  Si quelqu'un avait pu les voir à ce moment, il aurait cru à quelque fantaisie d'artiste ayant pris plaisir à sculpter la solitude des enfants perdus dans un bloc de glace brute.  Anne pensa très fort à sa maman et elle murmura ce mot magique, plusieurs fois, avant de sombrer dans le néant.

 

Oscar avait résolu de retourner chez lui finalement, en bravant la tempête.  Son vélomoteur crachotait et le phare montrait des signes de fatigue.  Impossible de rouler très vite, ni même de rouler du tout.  Il décida de mettre pied à terre pour ne pas trop faire souffrir la machine, il laissa tout de même tourner le moteur qui dégageait ainsi un rien de chaleur.  Il peinait, tête baissée contre les éléments.  Malgré l'uniformité blanche de ce qui l'entourait, Oscar avait ses points de repère.  Trente-six ans qu'il faisait le chemin aller-retour, tous les jours, le matin avant 8 heures et le soir après 10 heures.  Immuablement, il laissait une partie de sa paie à la patronne du petit bistrot en face de la gare, avant sa journée, sur le temps de midi, après sa journée.  "Elle est vraiment mignonne, la Sophie", se répéta-t-il une fois de plus.  "Demain, je la demande!"  Célibataire endurci, il avait laissé "la Sophie" se marier deux fois, être veuve de son premier mari et il avait assisté en direct aux disputes et au divorce qui la laissait maintenant libre de toute attache.  Le mois prochain, Oscar aurait 55 ans.  Pour lui, Sophie était toujours la jolie adolescente blonde aux yeux rieurs à laquelle il n'avait jamais osé déclarer sa flamme.  Aujourd'hui, il manquait toujours autant d'assurance, pourtant, il se sentait prêt à …  Oscar avait accroché quelque chose d'inhabituel avec sa roue avant.  Il se pencha et dégagea la fine couche de neige recouvrant la forme allongée.  C'était un petit garçon.  "Dieu du ciel!", s'écria-t-il.  Un gémissement lui parvint d'un peu plus loin sur la droite.  Il se retourna et vit remuer une autre forme enneigée qui en se secouant fit apparaître la couleur rouge vif d'un plaid écossais.  Anne avait entendu approcher le vélomoteur, dont le bruit lui avait semblé comme une douce musique et l'avait incitée à se lever.  Oscar comprit tout de suite qu'il devait agir.  Lâchant son vélomoteur, il souleva le petit et se dirigea vers ce qui lui sembla être une petite fille.  "Tu peux marcher?"  Elle acquiesça en reniflant.  Oscar lui tendit la main, elle s'y agrippa sans mot dire.  Ainsi, portant l'un et tirant l'autre, il se dirigea lentement vers sa maison.

Claquant la porte derrière lui d'un solide coup de pied, Oscar lâcha la fillette quelques instants pour augmenter le thermostat du chauffage central.  Anne s'était laissée tomber sur la carpette de l'entrée, elle tremblait et gardait les yeux grands ouverts, fixés sur l'homme qui les avait sortis de la tourmente.  Il installa Antoine qui lui semblait ne plus respirer du tout sur son lit et revint dans le corridor.

"Tu m'entends?", dit-il très fort.  Anne émit un "oui" assez faible.  "Viens! je ne peux pas m'occuper de vous deux à la fois, fais un effort! lève-toi!"  Il retourna dans sa chambre où il entreprit de déshabiller le petit garçon, rapidement, mais avec douceur.  Il l'enveloppa dans un drap en molleton qu'il avait pris dans le tiroir puis le coucha, la tête posée sur l'oreiller et le recouvrit des trois couvertures dont il disposait.  Entre-temps, Anne était arrivée dans l'embrasure de la porte.  "Déshabille-toi complètement!" lui avait-il intimé.  Anne avait eu un sursaut, il l'avait regardée gentiment: "Oui, comme ton frère, il faut ôter tous tes vêtements mouillés".  Et il lui avait tendu un autre drap en molleton beige.  Pudiquement, elle s'était glissée derrière lui.  Ses doigts lui faisaient mal, elle arracha les boutons qu'elle ne parvenait plus à faire passer dans les boutonnières tant ses doigts étaient gourds, la tirette de sa veste lui avait déjà blessé l'index.  Dès qu'elle se fut enveloppée du drap, elle comprit sur un geste de la tête d'Oscar, qu'elle devait aller se glisser auprès de son frère.  Elle sombra dans une demi-inconscience dès qu'elle sentit la chaleur des vieilles couvertures en laine l'envahir.

 

Odette contemplait le triste spectacle qu'offrait Yvan, assommé par le whisky qu'il avait ingurgité.  "Au moins, pendant ce temps-là ne me fera-t-il pas de reproches à propos de tout et de rien" se dit-elle.  La moindre décision que Odette voulait prendre, même au sujet de ses propres enfants était prétexte à une discussion sans fin.

Finalement, elle capitulait toujours et se retirait dans un coin de la maison pour pleurer discrètement.  Parfois, elle souhaitait que la vie s'arrête plutôt que de devoir faire face à tant d'incompréhension.  Elle n'osait plus faire marche arrière, elle n'en avait plus le courage.  Elle tenait bon pour ses fils.  Ce serait Yvan jusqu'au bout ou personne.  Il lui arrivait même d'espérer qu'il la tue dans une de ses crises de violence, pour ne pas avoir à mettre fin à ses jours elle-même.  Elle se disait un peu naïvement qu'il devrait vivre avec ce remords et que le restant de ses jours lui serait insupportable.  Ce soir, pourtant, elle souffrait avec lui de ce qui était peut-être arrivé à ses enfants et elle se tenait prête à décrocher le téléphone dès la première sonnerie.  Elle s'était assoupie, épuisée d'anxiété.  Le repas qu'elle avait tout de même préparé refroidissait dans les casseroles.  Il régnait un silence inhabituel, entrecoupé des ronflements d'Yvan qui la rassuraient, ou la faisaient tressaillir selon leur degré d'intensité.

La sonnerie du téléphone la fit sursauter et elle tomba de la chaise où elle avait pris place.  Se relevant avec peine, la fesse endolorie, elle décrocha et entendit une voix masculine bredouiller quelques mots d'excuse.  "…vous déranger … trouvé numéro … annuaire … adresse … abonnement … enfants".  L'homme était ému, visiblement.  Odette tenta de le calmer en parlant d'une voix très douce malgré la fébrilité qui la gagnait.  A force de patience, elle comprit que cet homme avait réussi à avoir leur numéro de téléphone grâce aux abonnements de train trouvés dans la poche d'Antoine, qu'il avait pris soin d'eux et que le Samu était sur place pour leur prodiguer les premiers soins, que leur état nécessitait un transport d'urgence à l'hôpital.  Est-ce qu'elle marquait son accord?  Odette nota mentalement qu'il croyait parler à la maman des enfants et elle pensa à Marielle.    Après avoir noté le nom de l'hôpital, elle commença à s'habiller et voulut réveiller Yvan: "mission impossible".  Elle appela Erwin et Thibault. Le premier eut pour mission de veiller Yvan et de le mettre au courant dès son réveil.  Thibault devait la conduire à la clinique.  Elle fut tout étonnée qu'ils obéissent sans broncher.  Elle s'empara du portable d'Yvan qu'il avait déposé sur le guéridon du hall et partit dans la nuit avec son fils.  En chemin, elle prévint Marielle, enfin, l'ami de Marielle des derniers événements.  En appuyant sur la touche "raccrocher" du petit GSM, elle fut envahie d'un sentiment de malaise qu'elle ne savait pas à quoi attribuer.  "J'aurais du manger quelque chose", dit-elle à haute voix.  Thibault lui conseilla de regarder dans la boîte à gants où elle découvrit une véritable corne d'abondance.  Elle croqua deux barres chocolatées à la noix de coco et une autre aux noisettes.  Elle en avalait la dernière bouchée lorsque son fils gara la voiture sur le parking de l'hôpital.  Il avait conduit prudemment et pourtant le trajet lui avait semblé plus court que d'habitude malgré la neige et le vent.  Le paysage glacé était un décor irréel qui l'avait captivée et avait absorbé ses pensées sans qu'elle s'en rende compte.  Dans le hall blanc et beige de la clinique, elle avait eu l'impression d'être encore à l'extérieur mais la chaleur qui y régnait lui embua les yeux de gouttelettes venant du réchauffement de ses cheveux, ce qui la força à se tamponner avec son mouchoir rose pâle.  La voyant pleurer, deux policiers qui étaient assis devant un gobelet de café fumant se levèrent et se dirigèrent vers elle.

 

Marielle avait peur d'entendre ce que Simon allait lui dire.  Elle lisait sur son visage une sorte de contrariété déplacée.  C'est presque le regard absent qu'il lui expliqua qu'Anne et Antoine avaient été retrouvés et conduits à l'hôpital où elle travaillait.  "Tu te sens capable de conduire jusque là?", demanda-t-il, absorbé par quelque pensée secrète, d'un air détaché frôlant l'indifférence.  Elle ne répondit rien et prit son manteau, son sac et ses clés.  "Tu claqueras la porte derrière toi en partant", dit-elle sèchement et elle se hâta de descendre les quatre étages.  Elle s'engouffra dans sa voiture, démarra rageusement en dérapant sur le verglas.  "A la première contrariété, il n'y a plus personne!  Bon, tant pis.  Ce n'est pas pour moi, le bonheur!"  Puis elle se calma et conduisit sagement.  "Ce n'est pas le moment de jouer à Fangio, côté service de réanimation, j'ai déjà donné!"  Marielle avait été admise aux urgences pour une déchirure à l'abdomen consécutive à la naissance des jumeaux.  Elle se souvenait combien Yvan avait pesté contre elle à cause du temps perdu pour aller la conduire.  Elle ne pouvait plus marcher ni même se tenir debout.  Elle avait proposé d'appeler une ambulance mais il avait décrété que cela coûterait trop cher.  Elle avait dû être opérée aussitôt arrivée à la clinique.  Les papiers d'admission signés, Yvan était reparti à son travail.  L'anesthésie avait été un peu trop dosée et Marielle avait mis du temps à se réveiller.  Nauséeuse, elle avait voulu se lever mais était vite retombée sur ses oreillers.  Elle avait entendu parler autour d'elle, on avait pris son pouls, sa température.  On avait dit que tout allait bien.  Elle se sentait très lasse.  Etait-ce la nuit?  Etait-ce le jour?  Quand elle avait ouvert les yeux, elle n'avait rien pu distinguer, tout était flou et sombre.  Soudain, elle avait entendu des pas précipités et de l'agitation autour d'elle.  Marielle avait compris que les drains enfoncés dans ses chairs saignaient anormalement.  Elle avait senti qu'on lui déposait des poids sur le ventre "pour comprimer les vaisseaux" avait-elle pensé.  On lui parlait, on lui posait des questions, on voulait qu'elle réponde.  Quelqu'un avait dit: "elle a les yeux ouverts mais elle ne parle pas, sa tension est trop basse, il faut transfuser!".  Marielle percevait tout comme une spectatrice, elle ne faisait pas partie de la scène, elle ne pouvait pas intervenir.  "Les veines filent.  On avait essayé trois fois avant d'installer enfin une perfusion potable.  Elle n'avait rien senti.  On lui avait demandé son nom, son groupe sanguin, elle avait entendu quelqu'un répondre en imitant sa propre voix.  La deuxième pochette de sang avait été posée, semblait-il, au petit matin. Peu après, il avait fallu poser un baxter supplémentaire sur son bras droit pour l'alimenter.  Elle était toujours face aux acteurs en spectatrice attentive à ne perdre aucun détail.  Ce n'est que quand son bras gauche était devenu lourd et douloureux qu'elle avait vraiment ouvert les yeux.  Elle l'avait tâté de la main droite.  L'aiguille avait glissé et le sang qui en principe devait venir remplacer celui qu'elle avait perdu, s'insinuait sous la peau et formait un œdème de plus en plus important.  Elle avait sonné longuement avant qu'on ne vienne.  Catastrophée, l'infirmière de nuit n'était pas arrivée à placer une autre aiguille et avait dû faire appel à un médecin de garde aux urgences, fâché qu'on le dérange pour un acte médical aussi banal.  "Laissez-moi crever", avait murmuré Marielle, "vous avez des cas plus intéressants à traiter!".  Un rien confus, le jeune médecin avait rapidement et habilement replacé une perfusion.  Elle avait reçu en tout cinq pochettes de sang, dons d'inconnus auxquels elle serait éternellement redevable.  Elle ne savait plus combien de temps elle avait ainsi flotté entre le rêve et la réalité, la conscience et l'inconscience.  Il lui semblait n'avoir pas dormi une seule minute, elle se souvenait des voix, des paroles, elle retrouvait des images qu'elle n'avait pas vues.  Elle savait qu'elle n'avait reçu aucune visite.  Il ne fallait pas compter sur Yvan pour prévenir sa maman et sa sœur.  Quand elle était rentrée après dix jours, elle avait dû encore rester allongée un mois.  Yvan avait fait appel à une aide familiale et chaque soir, il reprochait à Marielle ce que cela lui coûtait.  Sans compter la visite quotidienne des infirmières de la Croix Jaune et Blanche pour nettoyer les cicatrices et changer les pansements.  Elle s'était remise au travail beaucoup trop tôt et les fils avaient déchiré les chairs à deux endroits.  Son médecin traitant était venu suturer les plaies.  Yvan avait remarqué, sarcastique, que toutes les occasions étaient bonnes pour se faire peloter ou se mettre à poil devant les hommes.  Il ne l'avait plus touchée depuis l'opération et détournait la tête, dégoûté, dès qu'il voyait le bout d'un des bandages lorsqu'elle se changeait pour aller dormir.  Marielle avait eu la paix pendant un peu plus de six mois.

Elle arrivait à l'hôpital.  Elle ne pensait plus du tout à Simon.  Odette l'accueillit avec un grand sourire forcé. Marielle ne s'attendait pas à la voir là.  C'est vrai qu'elle était responsable des enfants puisqu'ils vivaient chez elle.  Marielle ne fut pas autrement étonnée de l'absence d'Yvan et ne posa pas de questions à ce sujet.  Elle pressentait depuis longtemps que celle-ci n'avait pas la vie plus facile avec Yvan qu'elle ne l'avait eue et se sentait triste pour elle.  "Ils sont hors de danger maintenant", dit Odette joyeuse. "Hors de danger?  Que leur est-il arrivé?"  Tout en suivant l'infirmière, Odette se mit en devoir d'expliquer par le menu ce qui s'était passé, du moins à partir de la découverte des enfants par un monsieur appelé Oscar.  Marielle ne comprenait pas comment Anne et Antoine avaient échoué là-bas et se posait mille questions.  L'infirmière avait ouvert la porte et leur demandait de ne pas faire de bruit.  Le frère et la sœur, bardés de tuyaux branchés à des appareils où clignotaient des voyants verts et rouges, semblaient dormir paisiblement.  Leurs joues et leur nez gercés jusqu'au sang avaient été enduits de pommade.  Marielle vit qu'Antoine avait été recousu au-dessus de l'œil.  On leur avait enfilé des blouses et de bottes de tissu et on les avait recouverts d'une couverture chauffante, argentée, qui donnait à l'ensemble un petit air de film de science fiction.  Machinalement, Marielle posa tour à tour sa main gauche sur le front de son fils et de sa fille, elle tâta leur pouls et se pencha pour écouter leur respiration.  Elle consulta les carnets de soin accrochés au bout de leur lit et poussa un soupir de soulagement.  Odette était discrètement restée en arrière.  Elle fut émue lorsque Marielle déposa un tendre baiser sur chaque petit front et caressa doucement leurs cheveux blonds.  Elle arrangea un peu les couvertures, puis sortit en disant à Odette: "venez, nous avons besoin d'un café et moi, j'ai besoin d'une bonne cigarette!".

 

Marielle et Odette avaient devant elles deux tasses de café très noir sur un petit plateau brun, sur lequel le serveur du self service avait déposé des bâtonnets de lait en poudre, des spéculoos miniatures et des morceaux de sucre emballés de papier léger aux motifs variés.  Prestement, Marielle en fit disparaître deux dans sa poche.  Elle crut bon de devoir s'expliquer: "ma sœur les collectionne, elle en a déjà plus d'une centaine dont une bonne partie vient de l'étranger.  Je ne rate pas une occasion de lui faire ce petit plaisir..., moi, je collectionne les petits chats en porcelaine, et vous?"  "Je collectionne les ennuis", répondit Odette en ponctuant sa phrase d'un long soupir.  "Je crois que je devrais téléphoner à la maison pour rassurer votre mari."  Marielle la regarda ébahie.  "Mon mari?  Mais voyons, Odette, nous ne sommes plus mariés!"  "Il parle tout le temps de vous comme de "SA" femme: ma femme prépare ceci comme ça, ma femme range les essuies comme ci, ma femme plie les chaussettes comme ça!…"  "ça alors, dernière nouvelle!" s'esclaffa Marielle, "il m'a toujours trouvée nulle, aussi bien comme femme d'intérieur que comme mère d'ailleurs.  Et je ne vous parle pas de son opinion sur ma vie professionnelle!"  Elle vit que les yeux d’Odette s'étaient embués.  "Vous n'êtes pas heureuse, n'est-ce pas?  Pourquoi restez-vous avec lui?"  "Tout plutôt que de rester seule", dit Odette, "je ne tiendrais pas trois jours!  Avec Yvan, je dois me battre tous les jours, m'améliorer sans cesse.  Et puis, il y a le petit jeu de cache-cache avec mes grands fils.  Yvan dit souvent que je suis trop bête et trop bonne avec eux.  Il leur défend tout.  Il critique tout.  Tout ce qu'ils font est mal fait.  Rien de ce qui vient d'eux n'est bien.  Alors, je me venge plus ou moins en leur laissant faire ce qu'ils veulent dès qu'il a le dos tourné.  Au début, ils ont cru que je ne les aimais plus, que je préférais vos enfants parce que je devais m'en occuper, ils étaient si petits, d'ailleurs, ils ne sont pas encore très grands!  Ils ont été jaloux et malheureux.  Je n'osais pas m'opposer à Yvan.  Ils ont cru que j'étais d'accord avec lui.  Je leur ai expliqué pourquoi j'acceptais tout.  Ils ont bien compris, finalement, ils acceptent.  Sauf quand il est violent.  Jusqu'à présent, ils s'étaient contentés de menaces, mais aujourd'hui … "Odette s'interrompit, inquiète, est-ce qu'elle n'en disait pas trop?  "Aujourd'hui?" insista Marielle.  "N'ayez pas peur, Odette, Yvan ne m'est plus rien depuis longtemps et je suis bien la dernière qui irait lui rapporter vos paroles!"  Ce disant, Marielle portait la petite tasse blanche à ses lèvres.  Elle eut juste le temps de se glisser de quelques centimètres sur le côté pour ne pas être bousculée par un gentil couple grisonnant qui bras dessus, bras dessous, se dirigeait vers le côté non-fumeur de la cafétéria.  En voyant le panneau d'autorisation de fumer, Marielle plongea automatiquement la main dans sa poche et en sortit de quoi satisfaire son vice.  Elle reporta son regard sur Odette.  Trop tard, celle-ci s'était refermée, elle ne continuerait pas son histoire.  Elle sanglotait discrètement, la tête entre les mains, faisant mine de somnoler pour couper court à toute discussion.  La cafétéria était pratiquement déserte, normal, il était plus de 23 heures.  Le couple qui venait de s'installer avait bu en silence.  Ensuite, la dame commença à parler d'une voix un peu trop aiguë, tendue, sans doute par l'anxiété.  Marielle entendit malgré elle, les questions de la femme mais beaucoup moins bien les réponses de son mari.  Du moins, supposait-elle qu'il s'agissait de son mari.  Elle comprit qu'ils s'inquiétaient pour leur fils qui aurait dû venir voir son fils, que ce n'était pas son habitude d'être en retard.  Marielle se retourna pour les dévisager attentivement.  N'avait-elle pas entendu: "comme David était déçu!"?  "Quel drôle de hasard, ce seraient les parents de Simon?"  Elle n'avait plus pensé à lui depuis tout à l'heure.  Ainsi, il devait venir ici-même et il n'avait pas voulu qu'ils viennent ensemble.  "Sans doute aurait-il eu honte d'être vu avec moi!"  Comme tous ces idiots avec lesquels elle était un peu "sortie" quand elle était à l'Athénée.  Ils voulaient bien la rencontrer à l'extérieur de l'école, mais ne rien laisser paraître aux yeux des copains.  Evidemment, c'était loin d'être un exploit de flirter avec un thon!  Un thon, c'était comme ça qu'ils parlaient d'elle entre eux!  Elle n'était pas du style "planche à repasser" filiforme, Marielle avait toujours eu des rondeurs un peu plus "rondes" que les autres filles de son âge.  Elle en était honteuse.  Cela la complexait et l'empêchait, d'après ses "meilleures" amies, d'être performante au cours de gymnastique, de sport, à la natation.  Elle s'habillait de façon très ample pour tout dissimuler et elle se tenait toujours l'échine légèrement courbée pour cacher le plus possible la générosité de sa poitrine.  "Tout continue, rien ne change, tout se répète" pensa-t-elle amèrement.  Odette lui tapotait la main pour attirer son attention.  "Votre cigarette, vous allez vous brûler!"  De fait, celle-ci se consumait toute seule entre ses doigts.

 

 

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