Chapitre 4

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Pensées à l'unisson 

 

 La soirée avait été un enchantement.  Marielle éteignit la lumière et se coula langoureusement dans sa couette fleurie.  Elle s'endormit en pensant que pas une fois depuis l'arrivée de Simon en début d'après-midi, elle n'avait éprouvé le besoin de s'allumer une cigarette.  Elle se réveilla soudain et dit à haute voix: "les cadeaux!  J'ai oublié de donner les cadeaux!".  Et elle se mit à rire toute seule, vaguement inquiète en se demandant si les enfants avaient été déçus de ne rien recevoir d'autre que des friandises.

Simon était sur un nuage. Il n'avait plus, depuis longtemps, éprouvé un tel sentiment de plénitude.  Nombreuses étaient les collègues célibataires avec lesquelles il était allé au restaurant ou au cinéma.  Elles espéraient toutes être celle qui saurait sortir Simon de sa tristesse, de son isolement.  Simon était "un beau parti", non seulement il était d'un physique agréable, quoiqu'un peu enveloppé, il se plaisait à dire que c'était "tout du muscle", mais en plus, il était de notoriété publique que les chiffres de son compte en banque représentaient une somme assez rondelette, et qu'il était propriétaire de sa maison, un fils unique dont les parents "avaient des biens".  L'une de ses collègues avait même réussi à l'entraîner chez elle un soir, après une fête au bureau.  Au milieu de la nuit, il était reparti, honteux, en s'excusant, en ne se pardonnant pas sa lâcheté.  Bien sûr, cela avait été agréable, mais il
n'avait pas su lui mentir.  Il avait perdu le contrôle et se sentait coupable.  La jeune femme, Valérie, s'il se souvenait bien, lui en avait voulu et avait demandé sa mutation dans une autre ville.  Il avait appris depuis, qu'elle s'était mariée avec le jeune gérant d'une entreprise de carrosserie et qu'elle attendait son premier enfant.

   Marielle, elle, n'avait rien tenté, elle s'était contentée de vivre le moment présent, de savourer la soirée, sans poser de questions.  Elle n'avait pas fait la moindre allusion à un possible futur commun.  Cette distance qu'elle avait su prendre par rapport à la détresse qu'il ressentait en elle, l'avait séduit plus que toutes les stratégies que d'autres avaient déployées.  Ils avaient apprécié la cuisine grecque du restaurant qu'il avait choisi, elle avait bu très peu de vin.  Ils avaient parlé de choses et d'autres en évitant soigneusement de parler de leur famille respective, ils avaient applaudi au défilé de candidates à la célébrité au cours du karaoké organisé là tous les dimanches.  Il l'avait reconduite jusque devant chez elle et l'avait quittée sur la promesse de se revoir le dimanche suivant.  Une soirée très raisonnable en somme, toute en douceur et en retenue.  Il était rentré chez lui, machinalement, il avait écouté le message énervé de David sur son répondeur et s'était mis au lit, les yeux emplis de l'image de Marielle, les doux accents de sa voix résonnants agréablement à ses oreilles.  Pas un instant, il n'avait pensé à son physique, un peu "rond", bien qu'il l'ait évidemment remarqué.  Il avait souvent hésité, auparavant, à faire un premier pas vers une jolie jeune femme qui lui plaisait, sachant que celle-ci préfèrerait sûrement le style "couverture de magasine de mode".  Marielle avait eu le don de le mettre à l'aise.

Il s'endormit comme un bébé dans un sommeil sans rêve, un sourire détendu sur le visage.  Lui non plus n'avait pas touché à son paquet de blondes sans filtre de la journée.

 

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