Elle étouffait, l’air lui manquait. Elle sentait tout autour d’elle la chaleur moite du tissu dont les replis inégaux s’imprégnaient en elle.
Elle aurait voulu pouvoir sortir seule de ce piège mais savait qu’il lui fallait attendre la main salvatrice. Cette main qui la sauvait et la torturait à la fois.
Elle la chercherait à tâtons, la découvrirait tapie tout au fond, la parcourrait du bout des doigts pour être sûre de la saisir fermement afin qu’elle ne s’échappe pas en arrivant à l’air libre.
Ensuite, il y aurait plusieurs options ; soit elle se refermerait sur elle, lui coupant le souffle à nouveau, soit elle la ferait tournoyer dangereusement, de plus en plus vite et elle se retrouverait sur le sol, blessée peut-être, ou noyée dans une flaque boueuse, ou encore projetée parmi divers étranges objets rassemblés en un tas informe sur une armoire ou sur une cheminée.
La main ne s’en souciait pas, elle la ramasserait très vite si elle avait encore besoin d’elle et la torture pourrait recommencer.
Parfois, la main la glissait même entre les dents, afin de pouvoir accomplir d’autres forfaits. Il lui fallait alors affronter cet environnement fétide et gluant dont elle ressortait chaque fois affaiblie et souillée de salive.
La plupart du temps, la main la fourrait négligemment dans les recoins les plus sombres, la jetait sur un meuble, l’accrochait à un clou, sans se préoccuper le moins du monde de la dizaine d’autres présences dérangeantes, inamicales, de la poussière, des microbes qu’elle pouvait rencontrer.
Rarement la main venait à prendre soin d’elle, même si parfois elle tentait de la décorer.
Elle avait parfois la tête lourde des breloques dont la main osait la parer. Elle aurait pu la laver, la frotter, la faire briller, lui rendre son éclat premier. La main ne pensait à rien, juste à l’utiliser, elle ne pensait à elle qu’en cas de nécessité. Dans ces moments là, la main pouvait même s’affoler si elle avait su un peu se dissimuler, se faire désirer.
Heureusement, elle avait aussi ses instants de plaisir où se sentant enfin dans son mécanisme adapté, la main la faisait tourner. Avec précision, elle s’appliquait alors à son rôle enchanté.
Le bonheur le plus pur pour elle était bien sûr d’y rester lovée, le plus longtemps possible et de s’y reposer.
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